Tribune dans l’Humanité du 16 juillet 2010
La CGT fait le choix de l’intérêt général
PAR DANIEL GENESTE, SECRETAIRE GENERAL DE L’UNION INTERFEDERALE DE TRANSPORTS CGT
La tribune de Pierre BLAYAU dans l’Humanité du 09 juillet appelle 3 réactions essentielles.
La 1ère : le débat public est, enfin, bien là ! C’est l’aspect majeur de cette contribution du patron de Fret SNCF/Géodis.
Sans nul doute, et l’auteur le dit lui-même, les mobilisations, actions, initiatives et interpellations diverses n’y sont pas pour rien. De ce point de vue, pour notre part, nous sommes fiers d’y avoir contribué et nous allons continuer. Cela dit, en l’état du propos de Pierre BLAYAU la phase du bougé, de l’inflexion de son plan, unilatéralement décidé, n’est pas encore là. Même si, par ailleurs, il a esquissé l’idée que des adaptations étaient possibles.
La 2ème porte déjà sur le contenu, quand Pierre BLAYAU évoque un réseau « repensé en fonction de la géographie industrielle française … ».
Poser ainsi un postulat c’est faire fi du lien avec le besoin de relance d’une politique industrielle partie prenante d’un aménagement du territoire. C’est faire fi du besoin de technique ferroviaire de lotissement pour les PME, faire fi d’une volonté de changer les comportements des chargeurs sur les autres parties du territoire. Il ne peut échapper qu’à l’occasion de l’action spectaculaire du 06 juillet 2010, les organisateurs ont interpellé, aussi, le Ministre de l’Industrie.
C’est faire l’impasse sur les transports liés à la grande distribution qui opère partout. C’est opter pour l’intransigeance sur le projet actuel de la SNCF et, donc, désertifier sa présence sur la majorité du territoire laissant péricliter les installations. Cela conduirait à l’irréversibilité tant redoutée. Ce serait absurde, au point de nourrir indéfiniment l’idée que ces pans entiers du territoire n’ont aucune alternative au routier.
La 3ème porte sur le prix du transport, plus exactement sa tarification. Le juste coût tarifié doit être la règle qui participe, aussi, de la responsabilisation sociale et environnementale des chargeurs. Nous ne le dirons jamais assez : c’est le fond du problème ! Et, au fond, ce débat scelle le sort de la libéralisation des transports, qu’on le veuille ou non. Il faut revenir sur la suppression de tarification obligatoire. Les illuminés rêveurs libéraux qui voyaient le marché s’autoréguler ont, finalement, imposé un cauchemar à toute la société.
Pierre BLAYAU se dit « interpellé de voir des organisations syndicales reprendre les arguments de chargeurs » qui, au bout du compte, voudraient un transport gratuit. Il ne faut pas confondre besoin de transport SNCF de ces chargeurs, sur lequel nous pouvons être convergents, singulièrement, pour gérer l’immédiat plutôt que l’abandonner, et position sur la tarification.
La confusion distillée par Pierre BLAYAU est un mauvais procès d’intention qui nuit à la qualité du débat.
Pendant deux décennies, la CGT était la seule à porter cet enjeu de la tarification, aujourd’hui, nous sommes nombreux et nous nous en félicitons. C’est encore à la CGT que l’on doit l’engagement du Grenelle de l’Environnement en ce sens. Pierre BLAYAU le sait, il est détenteur de notre concept élaboré sur le transport multimodal de marchandises et Géodis/SNCF qu’il dirige est un outil public inespéré, unique en Europe pour réorienter la logique industrielle du transport. Il ne lui a pas échappé que la formule « revalorisation tarifaire » est en bonne place dans l’action que nous conduisons unitairement ONG/Syndicats. Elle fut martelée dans la journée du 06 juillet. Sur ce point, nous n’avons pas peur de dire être en accord avec lui, car nous voulons un débat public objectif. La CGT et la CFDT portent cette question dans les Etats Généraux du transport routier marchandises, Géodis serait bien inspirée d’en faire autant.
Enfin, plus personne ne peut nier que les projets Fret d’avenir ne sont susceptibles de produire, au mieux, des effets de réduction de Gaz à Effet de Serre qu’à long terme. Pas plus que ne peut être nié l’indispensable et stratégique lotissement et technique du wagon isolé qui répond à des besoins différents. C’est le levier déterminant pour faire baisser les émissions globales du transport dans le pays. Le moment est donc venu pour que la SNCF s’engage dans la transparence, en finisse avec les chiffres abracadabrantesques et manipulés qu’elle diffuse et qui la discréditent. Le moment est venu pour que soit exploré le scénario, « prudent » mais immédiatement efficace, de l’étude carbone 4 que la SNCF a mis sous l’éteignoir car il démontre qu’il faut garder le wagon isolé. Tout le monde sait, à présent, qu’il existe et contient les ressorts d’une adaptation sérieuse et négociée d’un fret SNCF, modernisé, au service de la Nation.
Entre cette donnée scientifique et les 5 demandes des ONG et Syndicats, rejoints pas « l’appel des 365 », il y a les ingrédients d’une négociation intelligente dans laquelle, aussi, l’Etat doit prendre ses responsabilités.
Fret SNCF n’est pas un chef d’œuvre en péril, nous pouvons encore le rénover, moderniser le wagon isolé et relever le défi des Gaz à Effet de Serre.













