Courrier de Pascal Savoldelli, Président du groupe Front de Gauche, Parti Communiste Français-Parti de Gauche-Citoyen du Conseil général du Val-de-Marne à la présidente du Medef.
Madame la présidente du MEDEF,
Les analyses, les appréciations et propositions sur la situation économique et sociale de notre pays que vous livrez dans votre interview recueillie par le journal « Le Monde » du mercredi 28 aout, appelle de ma part quelques remarques et commentaires.
Concernant le « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance » au sein de l’union économique et monétaire, vous affirmez sans détour « il faut signer des deux mains », faisant ainsi fi de l’aspiration majoritaire de nos concitoyens, dont de nombreux chefs d’entreprises, qui souhaitent à 72% la tenue d’un referendum sur ce sujet crucial pour l’avenir de leur pays.
La ratification du nouveau traité européen ne saurait se faire en catimini sans qu’ait lieu un débat public sérieux au préalable. La très mauvaise situation de la rentrée – baisse de la croissance, hausse importante du chômage, lourde dégradation de la situation économique et sociale dans de très nombreux pays – montre l’urgence de stopper la logique d’austérité actuelle, même si certes y a été ajouté le « pacte » de croissance de 1% du PIB, nous sommes très loin du compte, il faut donc réorienter réellement la construction européenne.
Aussi vous n’ignorez pas que l’application de la règle d’or, véritable carcan de fer pour les pays de l’union, incluse dans le traité européen, briderait le développement des services publics et l’investissement des collectivités locales, qui pourtant représente près de 70% de l’investissement public. Dans notre département du Val-de-Marne, 90% des entreprises sont des PME et TPE notamment du BTP.
En 2011 notre collectivité a investi 320 millions d’euros dans la construction de logements, bâtiments publics, des infrastructures de voirie et transports. Ce sont ces entreprises qui les premières subiraient les lourdes conséquences pour leur avenir et celui de leurs salariés d’une telle politique de rigueur forcée.
Vous prônez également une poursuite des reformes structurelles, celle de l’assurance maladie en particulier, en regardant de près le programme du MEDEF intitulé sobrement « Besoin d’aire » on peut lire cette phrase « Le secteur médical privé dont le succès est incontestable, pourrait être, plus qu’il ne l’est aujourd’hui, une source d’inspiration dans l’évolution du secteur public »….édifiant.
L’objectif est clair : en finir avec un système de santé solidaire issu du Conseil National de la Résistance, accélérer la marchandisation totale des soins au profit du privé, cela au mépris de l’être humain et de sa santé.
Vous affirmez souhaiter une amélioration de la gestion des collectivités locales en réduisant les dépenses, sans détériorer ni la qualité du service public, ni les prestations sociales, en somme faire plus et mieux avec moins, notamment en reconsidérant la clause générale des compétences des collectivités.
Cette proposition de reconsidérer la clause de compétence générale des collectivités territoriales sent la naphtaline, puisque issu du rapport Balladur de 2009 sur la réforme des collectivités, proposition d’ailleurs majoritairement rejetée par les élu(e)s de la République toutes tendances politiques confondues.
Notre collectivité a-t’elle-donc eu tort d’initier en matière de transport le métro Orbival, Projet unanimement soutenu par les salariés et les chefs d’entreprises, qui avec 13 stations reliera en 30 minutes la ville d’Arcueil à celle de Fontenay-sous-Bois ?.
Notre collectivité a-t-elle encore eu tort de mettre à disposition des familles 76 crèches collectives départementales permettant d’offrir à la population un service public de qualité afin de permettre aux familles d’articuler au mieux vie familiale et vie professionnelle ?
Avons-nous encore eu tort de créer une Agence de développement économique, organisme où public et privé sont mobilisés dans des actions de prospection, d’accompagnement et de soutien à l’innovation, aux acteurs économiques ?
Les gouvernements précédents doivent depuis des années aux collectivités locales plusieurs milliards d’euros, dont près de 600 millions d’euros au département du Val-de-Marne, pour la moitié il s’agit des 3 allocations nationales de solidarité APA/PCH/RSA, l’ignoriez-vous ?
Il convient au contraire de rendre pleinement leur autonomie financière aux départements, de leur permettre de préserver et développer leurs services publics de proximités dans tous les domaines : santé, culture, petite enfance, transport, formation professionnelle, aide sociale, etc… Vous ne manquez évidemment pas d’y aller de votre petit couplet sur je cite : « Les marges des entreprises Françaises sont à un « plus bas »historique. »
Il est vrai que sur les 38 entreprises du CAC 40, seulement 21 d’entre elles ont dégagé un bénéfice net cumulé en 2011 de 73 milliards d’euros, dont 10 milliards pour le groupe Total qui nous fait payer aujourd’hui son carburant au prix fort.
S’agissant des PME, elles voient une raréfaction de leurs crédits avec pour conséquences des défaillances de trésorerie et une réduction de leurs investissements et cela parce que les banques récupèrent des liquidités par un rationnement des crédits distribués habituellement à l’économie.
Concernant le sujet de la ré-industrialisation, l’affaire est simple d’après vous, « L’industrie américaine retrouve des couleurs depuis deux ans : en ayant recours à l’exploitation de gaz de schiste, elle a considérablement baissé ses coûts de production. »
Une exploitation qui fait courir aux populations, à la flore et la faune de très graves dangers environnementaux, ses conséquences aux USA sont déjà irréversibles sur les sites exploités.
Pas un mot bien entendu sur les plans sociaux en cours chez Air France, PSA Peugeot-Citroën, Sanofi, Carrefour, Alcatel, et bien d’autre encore, pas un mot sur les délocalisations boursières, un silence révélateur du peu de cas que vous faite des dizaines de milliers de familles concernées !
Pour terminer votre interview, vous utilisez la grosse ficelle de la désinformation sur le bilan des emplois jeunes du gouvernement Jospin en indiquant « Malheureusement, aucune étude d’impact n’a été demandée pour évaluer ce que sont devenus ceux, qui en avaient bénéficié, ni comment ils se sont insérés ensuite sur le marché du travail. »
Si le dispositif emploi jeunes n’a pas été la panacée en matière d’insertion professionnelle des jeunes, une étude du ministère du travail nous apprend, que 74% des jeunes embauchés et restés au moins deux ans au sein de l’entreprise, ont trouvé un emploi après leur sortie (dont 54% en CDI).
Aujourd’hui la création de 150 000 « emplois avenir » est loin de répondre aux attentes et besoins. Il faut aller véritablement dans le sens d’une politique progressiste de l’emploi pour la jeunesse, qui s’oppose à la précarité généralisée voulue par votre organisation patronale, avec un apprentissage dès 14 ans, ou encore avec la tentative mise en échec par les jeunes eux-mêmes de leur imposer un Contrat Première Embauche
La très préoccupante situation des jeunes sans emploi exige de toutes autres ambitions, en particulier celle de l’adoption d’une vraie loi cadre pour la jeunesse, garantissant une qualification, un emploi stable et le salaire minimum.
Ma réaction portée à votre connaissance, veuillez accepter, Madame la Présidente, mes cordiales salutations.















