CONSEIL GENERAL DU NORD
SEANCE PLENIERE DU 15 OCTOBRE 2012
GROUPE COMMUNISTE FRONT DE GAUCHE
Intervention de Monsieur Michel LEFEBVRE,
Vice-Président chargé de la Santé
Objet : Délibération cadre relative à la politique départementale de soutien aux victimes de l’amiante.
C’est une décision d’une grande importance que nous allons prendre avec l’adoption de cette délibération.
Symbolisée par un Projet de Mandat, elle représente un acte politique fort en direction d’une catégorie de Nordistes victimes trop longtemps ignorés et bafoués dans leur droit, dans leur âme mais aussi et surtout dans leur chair.
Au-delà de la question des responsabilités et de l’incroyable lenteur avec laquelle les pouvoirs publics ont fini par réagir. Au-delà même et en dépit de la question centrale de la reconnaissance en tant que maladie professionnelle, qui permettrait une véritable prise en charge massive des victimes.
Il y a tous ces drames humains, ces souffrances et la disparition de milliers de nos concitoyens.
Les experts estiment que, d’ici à 2025, l’amiante aura provoqué 100 000 décès.
Un petit rappel historique s’impose : Verrouillés par des lobbies pro amiante, les pouvoirs publics sont restés anesthésié pendant des années par les industriels du secteur via le Comité Permanent Amiante (CPA) qu’ils contrôlaient leur permettant ainsi de s’attribuer progressivement le monopole de l’expertise.
Le Comité Permanent Amiante avait même, tenez-vous bien, réussi à convaincre des scientifiques de se joindre à ses travaux ; ainsi ceux-ci leur fournissaient une caution scientifique incontestable.
Ainsi est né le mythe de « l’usage contrôlé » de l’amiante comme étant un produit sans danger. Ce qui a conduit à la défaillance du système d’alerte.
L’interdiction de l’amiante ne date que de 1997 alors que, dès le début du siècle, des médecins avaient alerté sur le risque cancérigène de cette fibre tellement fine qu’elle s’introduit profondément dans les poumons pour mieux les détruire.
Je vous rappelle d’ailleurs encore que dans les années 50, de nombreuses publications médicales insistaient sur le danger sans équivoque de cet isolant bon marché et résistant à la chaleur, très rentable donc pour les industriels.
Rentable, sur le dos de qui ?
Car le grand public a trop longtemps ignoré le drame qui se jouait de manière latente pour des milliers de travailleurs, de leurs épouses au contact de ces particules microscopiques, qui viennent causer des maladies du poumon et de la plèvre, aux conséquences dramatiques, invalidantes, chroniques et irréversibles.
Aujourd’hui les témoignages sont bouleversants, les situations humaines insoutenables.
Nous nous devions dès lors d’apporter notre soutien aux associations qui se battent aux côtés des victimes et de leurs entourages pour la reconnaissance de leurs droits.
Et il s’agit là d’un combat de tous les instants, mes Chers Collègues, tant les dossiers sont complexe à appréhender, sous toutes leurs formes.
La délibération traduit bien, à cet effet, le quotidien des structures associatives qui viennent soutenir les personnes victimes et leurs familles.
Parce qu les maladies se déclarent souvent très longtemps après l’exposition, les victimes ont toutes les difficultés pour faire reconnaître leur exposition au produit mortel.
C’est le constat et le combat quotidien de ces acteurs associatifs qui comparent souvent les demandes d’indemnisation et la reconnaissance des pathologies liées à l’amiante comme maladie professionnelle à de véritables parcours du combattant.
La constitution des dossiers, particulièrement complexe, nécessite une connaissance pointue des procédures administratives et pénales pour intervenir dans le champ de l’accès aux droits.
En parallèle, ces acteurs sont indispensables dans leur rôle de soutien psychologique auprès des malades et de leur entourage.
Et que dire de la nécessaire information et prévention des publics.
Notre territoire départemental est particulièrement touché Je vous rappelle hélas que le Nord a le ratio le plus élevé de victimes par rapport à sa population.
Différentes structures représentent les victimes : l’ALDEVA, pour le Sud du département, le CAPER , pour le Valenciennois, le CAPRA, pour la métropole lilloise, l’ARDEVA et l’ADEVA 59 pour la Flandre intérieure et le Dunkerquois.
Nous proposons de financer certaines de leurs actions, parmi les plus significatives et pérennes, à hauteur maximale de 20 000€ par projet.
Il s’agit là d’un investissement initial minimum pour soutenir ces structures et je souhaite qu’en notre qualité d’élus, nous puissions à très court terme au-delà de l’évaluation de ces actions, entendre les témoignages de ces personnes admirables qui se mettent aux services des victimes, ces hommes et ces femmes blessées, fragilisées mais à qui il reste cette dignité dans le combat contre l’injustice.














