La Confédération CGT et la Fédération CGT des cheminots ont envoyé un courrier à François FILLON concernant une demande de table ronde gouvernementale sur FRET SNCF. Sud-Rail dénonce ce "choix politique qui n’est ni un hasard, ni une fatalité".
La lettre de la CGT
Monsieur le Premier Ministre,
La situation du fret ferroviaire est extrêmement préoccupante. Les décisions en cours de préparation par la direction de la SNCF, ne répondent pas aux objectifs fixés par le gouvernement en matière de politique industrielle et de report modal décidé à la suite du Grenelle de l’Environnement.
Selon la direction de la SNCF, la mise en oeuvre de son projet entrainera un report modal important du ferroviaire vers la route. Elle l’évalue à 2-3 % du volume du fret. L’abandon à environ 60 % des trafics de wagon isolé (messagerie ferroviaire) et la création de plusieurs filiales pour les trafics massifiés, risquent de marginaliser durablement ce mode de transport et d’obérer ainsi les orientations gouvernementales.
Les grandes lignes de ce projet ont été présentées au mois de juin aux représentants du personnel à partir d’un audit sur le constat, réalisé par un expert indépendant. Ce constat a été validé par l’expert désigné par le CCE, qui a par ailleurs présenté des propositions pour relancer le fret ferroviaire, dont il n’a malheureusement été tenu aucun compte.
De nombreuses réunions se sont tenues pendant l’été avec les représentants du personnel et les organisations syndicales. Au cours de celles-ci, la fédération CGT des cheminots a formulé des propositions alternatives crédibles, s’appuyant sur les analyses de l’expert du CCE. Mais la direction de Fret SNCF campe sur ses positions et n’entend pas modifier son projet.
Cette attitude est d’autant plus inadmissible qu’elle se situe dans un contexte où la direction de l’entreprise publique reconnaît que les plans successifs des dernières années n’étaient pas bons, sans pour autant en tirer tous les enseignements. Ainsi, les solutions projetées répondent aux mêmes logiques de rentabilité qui ont prévalu par le passé, à savoir la réduction drastique des moyens de production et une diminution massive des effectifs.
L’activité fret est décisive au moment où les pouvoirs publics se préoccupent du développement industriel. Elle est essentielle si l’on ne veut pas marginaliser un certain nombre de territoires et de bassins d’emplois. L’effet réseau lié au maillage régional et local est par ailleurs un atout que l’entreprise ne saurait négliger.
Un plan fret ne peut s’élaborer seulement dans l’entreprise.
Le transport des marchandises représente un enjeu de société qui concerne tous les citoyens, il dépasse le débat interne à la SNCF, qui est une entreprise publique nationale sous la responsabilité de l’Etat. Dans la logique des objectifs de développement industriel retenus par la puissance publique comme de ceux du Grenelle de l’Environnement, l’Etat a un rôle évident à jouer dans la mise au point des décisions et de la stratégie de la SNCF.
Nous pensons qu’une « table ronde » réunissant au minimum le ministère de l’Economie, de l’Energie et du Développement Durable et de la Mer, le ministère des Finances, les organisations syndicales et la direction de la SNCF, serait rapidement nécessaire.
La CGT et sa Fédération des cheminots vous demandent, Monsieur le Premier Ministre, de les recevoir rapidement avant que toute décision en matière de fret ferroviaire ne soit mise en oeuvre.
Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de notre haute considération.
Jean-Christophe LE DUIGOU, Secrétaire de la Cgt
Didier LE RESTE, Secrétaire général de la Fédération CGT des Cheminots
Le courrier envoyé à F. Fillon
Point de vue de Sud Rail
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Oui le Fret ferroviaire va mal et on sait pourquoi :
* L’État, refusant de désendetter le système ferroviaire (29,51 Milliards d’€uros en 1997, 32,49 en 2008) a brisé l’unicité du système ferroviaire en créant en 1997 RFF. * L’État pénalise le fret ferroviaire en multipliant par 3 en 10 ans le montant des péages à payer à RFF. * L’État refuse l’internalisation des coûts externes du mode routier (pollution, accidents, nuisance sonores, traitement des eaux de ruissellements, etc…). * L’État refuse d’imposer par la loi le mode ferroviaire, quand l’infrastructure existe, à tous les trafics grandes distances, notamment pour le trafic de transit traversant notre pays.
Face à ce scandale qui a conduit à la régression du transport ferroviaire, à la suppression de dizaines de milliers d’emplois cheminots et à la fermeture de nombreux sites de production de Fret SNCF, le gouvernement annonce aujourd’hui un soi-disant plan de développement du fret ferroviaire.
Pour la fédération des syndicats SUD-rail :
* Les travaux d’infrastructures portuaires et la création d’un réseau à haut débit pour le Fret ferroviaire sont nécessaires, nombre de ces travaux sont en projet depuis des années, il s’agit donc là de rattraper un retard irresponsable. * Le projet de TGV Fret pose lui quelques questions : pertinence écologique, nécessité de transporter toujours plus vite et à 300 km/h des marchandises, alors que le réseau classique rénové permettrait des transports de Fret à une vitesse de 160 km/h. * Quant au projet de création d’OFP (Opérateur Ferroviaire de Proximité Privé), il reflète le choix politique de subventionner avec de l’argent public des intérêts privés, plutôt que d’inscrire dans les missions de la SNCF, le trafic de wagons isolés comme une activité de service public et d’intérêt général.
Le plan de communication gouvernemental et de la SNCF autour de ces décisions vise à masquer une autre réalité :
* Celle d’un plan qui ne produira ses premiers effets en terme de volume que dans 10 ou 15 ans, loin des objectifs de la loi Grenelle 1.
* Celle de la suppression rapide de 60 % des trafics de wagons isolés par la SNCF et le transfert de ces trafics sur les camions du groupe Géodis en contradiction complète avec les engagements du Grenelle de l’environnement.
* Celle de la suppression rapide de 5000 à 7000 emplois de cheminots et leur reclassement à travers les différentes entités du groupe SNCF, au risque d’une reproduction du syndrome France Télécom.
* Celle de la fermeture rapide de nouvelles infrastructures de production de Fret ferroviaire impactant parfois gravement certaines collectivité territoriales et compromettant toute possibilité de relance de l’activité.
* Celle d’une privatisation rapide par "morceaux" de l’entreprise publique SNCF, avec la création de nouvelles filiales de Fret ferroviaire spécialisées par produit.
| Voir : Le site de Sud-rail |














