L’Association nationale des directeurs de Missions locales avaient réagit en mai dernier après l’annonce du contrat d’autonomie des jeunes de présenté par Fadela AMARA.
Jeunes : le pire est devant eux… Un gouffre s’est creusé entre les déclarations de « priorité nationale », d’« impératif absolu » et la réalité des terrains : les jeunes sont maltraités et « La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse » selon les propres termes de l’Académie des sciences morales et politiques.
Tous les élus et professionnels, acteurs des politiques publiques d’insertion en font quotidiennement l’amer constat : la situation des jeunes s’aggrave. Qu’il s’agisse de l’accès au logement ou à l’emploi, le pire est devant eux et se présente sous forme de précarité généralisée qu’une « flexisécurité » - dont on voit essentiellement la première partie du terme – ne parvient pas à masquer. Une frange de la jeunesse sombre de conduites à risque en disqualification. Une large partie de la jeunesse fait le deuil de ses aspirations à l’âge des conquêtes, apprend le déclassement et le désenchantement à défaut d’un métier.
Depuis la naissance de l’insertion, dans les années 80, trois évolutions de taille confirment cette aggravation :
l’insertion se dilate jusqu’à concerner la presque totalité de la jeunesse,
l’insertion devient un processus interminable alors que les pouvoirs publics veulent des résultats immédiats,
l’insertion ne débouche plus sur un état stabilisé alors que l’évaluation de l’insertion s’en tient à l’accès à « l’emploi durable » de six mois ou plus.
Des valeurs à préserver… Les politiques de l’emploi ne visent plus à tirer les leçons de ce qui a été entrepris, ni à sédimenter en expérience les expérimentations multiples. Il s’agit désormais d’intégrer bénéficiaires et professionnels dans une politique de l’emploi où l’humain est au service de l’économie (non l’inverse), où l’intérêt général est celui qui sert les plus performants, où la mission de service public est soumise au critère de rentabilité à court terme.
De « responsabilisé » à « responsable », le jeune chômeur devient coupable de n’avoir point de travail :
au contrat, outil de la mise en oeuvre du droit à l’accompagnement inscrit par la loi dans le code du travail, se substitue le marchandage exprimé par le slogan « gagnant-gagnant »
au partage il faudrait préférer la performance
au lieu de la solidarité, on met en oeuvre la concurrence
l’émancipation collective est tenue pour négligeable, seule compte la réussite individuelle.
L’individualisation de l’offre de services, qui se fonde sur l’adaptation des réponses au plus près des besoins de la personne, devient l’outil d’un contrôle permanent et soupçonneux, du profilage à la radiation. L’approche globale des problématiques d’insertion de l’individu est abandonnée au bénéfice d’un seul objectif : la mise à l’emploi rapide, quel que soit celui-ci, pourvu qu’il contribue à « la stratégie nationale pour augmenter la compétitivité de l’économie française » selon les termes de la « feuille de route du Grenelle de l’insertion ».
Des acteurs ignorés… Les acteurs de l’insertion des jeunes et leurs partenaires, sont eux aussi maltraités. D’une main, on les flatte en signant chartes et protocoles confirmant leur philosophie. De l’autre on les étrangle « à l’euro près », on les asphyxie de contrôles qui d’évaluations ne portent que le nom. Un jour, on crédite les Missions Locales d’une mission de service public, le lendemain celle-ci est confiée aux Opérateurs privés de placement dans le cadre d’un appel d’offres de mise en concurrence. Quand la banlieue s’enflamme, il se trouve sans difficulté des ministres pour saluer l’action remarquable du réseau des Missions Locales… sitôt oublié le calme revenu.
Défendre une conception de l’insertion… Décidant à distance, le gouvernement organise méthodiquement le retrait de l’Etat tout en déconstruisant un actif de vingt-cinq ans ainsi qu’un projet social et politique pour en faire un marché : trop sérieuse pour rester aux mains des professionnels des Missions Locales et de ses partenaires, l’insertion doit échouer dans l’escarcelle des Opérateurs privés de placement qui sauront la rentabiliser. Dès lors, une part de l’argent de l’Etat ne sert pas à l’insertion, mais au bénéfice des entreprises et de leurs actionnaires.
C’est la conception même de l’insertion inscrite dans une mission de service public que nous entendons défendre. Si celle-ci disparaît demain, l’égalité de traitement appartiendra à l’histoire ; le principe de rentabilité conduira à ne sélectionner que les plus « employables » ; l’insertion des jeunes, qui est nécessairement à la fois professionnelle et sociale, sera réduite à sa plus simple expression, le placement en emploi. Emploi d’abord négocié puis rapidement obligé. Nous voulons construire ensemble une place pour tous les jeunes, leur garantir à tous une égalité des chances - et pas seulement aux plus « employables » - faire plus pour celles et ceux qui ont moins.
| Il est impératif, éthiquement nécessaire et urgent de défendre … |
Voir aussi sur ce sujet : la lettre des Vices-présidents du Conseil national des villes exprimant leurs inquiétudes face à la mesure.

















