
Jean-Jacques PARIS, vice-président du Conseil général de Gironde, secrétaire général de l’Anecr, a accueilli au MAC/VAL une délégation de 26 Palestiniennes.
« Je crois que la loi ne devrait exclure les femmes d’aucune place… Songez qu’il s’agit des droits de la moitié du genre humain ».
Si en 1787, l’un des premiers féministes à œuvrer pour les droits politiques des femmes, le marquis de Condorcet, invitait déjà le pouvoir à donner aux femmes leurs droits de cité, il aura fallu encore plus d’un siècle et demi pour que la moitié des Français, en l’occurrence les Françaises, obtiennent le droit élémentaire de voter. En effet, si la question de l’égalité est à l’ordre du jour à la veille de la Révolution, elle s’exprime encore assez peu. Le siècle des Lumières sera loin de la mettre au centre de ses préoccupations.
Dans le pays des droits de l’homme et du citoyen, mais peut-on encore le dire aujourd’hui, les droits de la femme et de la citoyenne auront eu beaucoup de mal à se faire entendre.
Déjà, en 1791, en pleine Révolution française, Olympe de Gouges les mettait en avant. Il aura fallu plus de 150 ans de luttes acharnées des femmes, soutenues par un nombre croissant d’hommes pour qu’en 1944, les Françaises obtiennent enfin le droit de voter et d’être élues.
Le centenaire de la journée internationale pour les droits des femmes, que nous avons voulu marquer fortement par votre venue, vous femmes de Palestine, est l’occasion de rappeler que ce qui peut paraître aujourd’hui si banal ne doit pas faire oublier celles et ceux qui ont tracé ce long chemin pour l’égalité politique, chemin qui se poursuit d’ailleurs encore aujourd’hui dans la réalité contradictoire de notre époque, avec ses avancées mais aussi ses freins et ses reculs dans bien des domaines.
Ce n’est que le 21 avril 1944 que la France rejoint les quelques pays qui ont depuis plusieurs années permis aux femmes de voter. Dès 1863, les Suédoises peuvent voter aux élections communales, en Nouvelle-Zélande, elles sont électrices en 1893, elles ont les droits intégraux en Australie dès 1902, en Finlande en 1906, en URSS en 1917, en 1918 en Autriche et en 1920 aux Etats-Unis. La Turquie sera le premier pays musulman à proclamer l’égalité politique en 1934.
Voyez, la France ne peut donner de leçon à quiconque quand on sait qu’en moyenne tous les deux jours, une femme trouve la mort sous les violences d’un homme. Nous avons beaucoup d’efforts à déployer pour faire évoluer les rapports entre hommes et femmes vers l’égalité, le respect mutuel, la considération, la compréhension, et s’affranchir des rapports de domination qui traversent encore trop souvent les relations dans le travail, comme dans le foyer.
Mais il faut le souligner, l’attitude des femmes dans la Résistance, de 1940 à 1944, pendant l’occupation, a fait évoluer le jugement et le regard que l’on portait sur elles. Une ancienne résistante rappelle « Nous avions forgé pour un temps une nouvelle société, où chacun disposait de sa pleine dignité humaine et était égal de l’autre. L’ouvrier du bourgeois certes, mais surtout la femme de l’homme. »
La fraternité d’armes contribue pendant la Résistance à faire tomber certains préjugés et prépare le terrain pour que soient enfin reconnus, à la Libération, les droits politiques des femmes. Cette période noire donna ainsi à la France et à la Libération des centaines de milliers de combattantes qui contribuèrent pleinement à l’émancipation de la femme.
Votre venue en France, en cette période du 8 mars, alors que se déroule la campagne des élections régionales, est doublement symbolique.
La lutte pour les droits des femmes est un combat universel et porte en elle l’espérance d’une société où l’émancipation de chacune et chacun est utile à tous pour engager les progrès dont l’humanité a besoin pour que soient respectés tous les droits humains, et que la culture de paix l’emporte partout sur les violences, les guerres, leurs drames et leurs cruautés.
Votre présence parmi nous, alors que se déroule en France la campagne électorale, doit nous inciter à mieux porter encore dans le débat public cette urgence d’en finir avec la colonisation, l’occupation de votre pays par l’armée et les forces israéliennes. Occupation qui rend la vie quotidienne de moins en moins supportable et source de toutes les privations et frustrations. Un état de guerre permanent qui sème partout le désarroi.
Notre Association continue de s’employer à stimuler et coordonner toutes les initiatives susceptibles de peser dans le rapport de forces pour que se fasse entendre dans les villes et départements l’exigence de voir la France et l’Europe se positionner clairement en paroles et en actes pour influer dans le sens d’un règlement politique débouchant sur la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël dans les frontières de 1967, et dans le respect des résolutions de l’ONU.
Multiplier les coopérations, les échanges entre nos villes et nos villages, intensifier les visites réciproques sont autant de supports pour ancrer ces exigences dans les peuples, en développant la prise de conscience des enjeux et des possibilités qu’offrira au monde entier un accord de paix équitable dans cette région du monde que nous aimons tant. »
Vitry-sur-Seine, le 4 mars 2010.
















